Les fabuleuses aventures de François les papilles au Japon: chapitre 7

Nipon Pon Pon 7

BDfrançois2010

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Il y a festin et festin… Celui dont je vous ai entretenu dans ma dernière chronique relève de l’exceptionnel par sa magnificence, son opulence, son côté « quand y en a plus, y en a encore ». Il fait penser à ces menus servis à Louis XIV, dont on a conservé les descriptions, et qui alignaient sans complexe une quinzaine de plats mêlant viandes, poissons, gibiers, tourtes et autres joyeusetés destinées à contenter l’auguste palais. Les rois de France en ont conservé la réputation d’être de solides mangeurs ainsi que des abonnés chroniques aux attaques de goutte. Car l’excès en tout nuit d’autant plus qu’il est répété.

Mais il est des festins plus discrets, des petits plaisirs parcimonieux dont l’intensité tient aux moments bien particuliers où ils sont consommés.

Il y a ainsi une enseigne au Japon que je recommande à tous ceux qui, visitant le Pays du soleil levant, aurait tout d’un coup un petit creux. Vous ne pouvez pas la manquer: une grosse pieuvre rouge en général posée de guingois au dessus de la devanture.

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Elle indique un vendeur de Takoyaki, une espèce de boulette faite avec de la pâte à crêpe, du choux, des carottes et du gingembre émincés, avec, en son centre, un morceau de poulpe, le tout cuit dans ce qui pourrait ressembler a un moule à gaufres.

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C’est généralement nappé d’une sauce genre Hoisin et parsemé de coriandre ou de copeaux de bonite séché. C’est super chaud et roboratif et cela constitua pour moi le déjeuner d’une journée qui avait si bien commencé. C’est après que celà s’est gâté…

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J’avais programmé une sortie en douceur du Cap Sata, le point le plus méridional du Japon si l’on exclue Okinawa. Je savais que la route allait être passablement escarpée, mais, sur la carte, l’étape paraissait viable, même si javais un peu oublié de calculer le nombre de kilomètres à parcourir. Je savais également que la météo ne serait guère clémente. Mais de là à me retrouver pris sous un orage tropical…

J’ai connu celà une fois, en Ardèche. Celà avait duré un quart d’heure et on s’était retrouvé trempé, avec ma compagne, au bistrot de Valgorge. Mais là, ça a roillé pendant plus de cinq heures avec une route transformée en torrent charriant des feuilles, des branchages, de la boue et même des blocs (petits…) de rocher. Même les animaux avaient l’air complètement effaré. Chiens viverrins, singes, serpents, grenouilles, crabes…, tout ce petit monde courrait partout sans but ni raison. Si j’avais croisé Noé au détour de la route, je n’aurais pas été autrement étonné qu’il me propose une place dans son arche. A sa place, j’ai eu droit à l’armée japonaise en manœuvre avec hélicoptères gros porteurs dans les airs et plantons dégoulinant de pluie sur la route qui me regardaient passer avant de se précipiter sur leur téléphone de campagne pour avertir l’état major que l’armée helvète avaient envoyé un éclaireur d’un de ses bataillons cyclistes pour les espionner. Bon, à ce stade là, je rigolais encore… Deux heures plus tard, transformé en serpillère à deux roues, sans une quelconque idée du temps qui me restait à crapahuter dans cette fichue montagne, j’ai bien failli renoncer et me coucher dans mon poncho rouge, au milieu de la route, en attendant que mort s’en suive.

Et puis, moi qui n’avait dans le ventre depuis le matin que deux œufs durs et une demi carotte, je me suis souvenu que la poche arrière de mon maillot de cycliste (merci Goran, super matériel, je me douche avec le soir et je le remets sec le lendemain), que cette poche, donc, contenait un emballage en cellophane protégeant deux cookies au chocolat achetés dans un Lawson. Je sais que dans les manuels de survie, on vous enseigne d’économiser la nourriture en cas de coup dur. D’après eux, j’aurais dû partager les deux cookies en 8 et en manger un morceau toutes les 28 minutes. J’ai préféré enfourner les biscuits d’un coup avant qu’ils ne se désintègrent sous la pluie et là, durant un petit quart d’heure, ce fut l’extase. Car le cookie religieusement mâché et avalé, j’ai ensuite exploré avec délice, pendant de longues et voluptueuses minutes, du bout de ma langue, chaque interstice entre mes dents où aurait pu se dissimuler une parcelle, même infime, du précieux biscuit. Et à chaque trouvaille me ravissant le palais, la pente me paraissait moins raide, la pluie moins violente.

Et c’est bien sur le meilleur cookie que j’ai mangé de ma vie. Pour ceux qui voudraient aller plus loin (moi, j’ai pu boucler mon étape…), je recommande un livre « La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules » de Philippe Delerm (le papa de Vincent) qui a su, mieux que tout autre et que moi en particulier, décrire ces plaisirs minuscules qui font le sel et le sucre de l’existence.

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