Les fabuleuses aventures François les Papilles au Japon, chapitre 3

Nippon, pon, pon: la chronique de François Busson

BDfrançois2010

Pikunikku!

Jetlag aidant (à moins que ce ne soit l’abus de thé vert), je me retrouve à  4h41 du matin (21 h 41 pour vous cher follower) dans la coquette chambre de mon ryokan de 6 tatamis de surface (c’est comme cela que l’on calcule les superficies des pièces  dans un intérieur nippon, un tatami mesurant en gros 1 m 90 de long sur 80 cm de large) à rédiger dette deuxième chronique.   

Mais avant de parler bouffe, puisque c’est le sujet imposé (si gentiment…) par Hungry Pipelette, élevons nous un peu l’esprit à l’image de l’introduction à ma première chronique qui m’a valu une avalanche de commentaires dithyrambiques (bon, en fait, je crois qu’elle n’est pas encore parue à l’heure ou plutôt au pas d’heure où je vous parle). Mais Marie m’ayant faxé « c’est top! », je me crois tout permis.

Donc, ceux qui aiment s’élever l’esprit avant de se remplir l’estomac seront bien aises d’apprendre qu’un certain nombre de vocables sont précédés en japonais d’un O honorifique. Et parmi eux, nombreux sont ceux qui ont un rapport avec la nourriture: o mizu, c’est l’eau quand elle est froide; o hoyu quand elle est chaude; o tcha, c’est le thé vert; o kome, le riz non cuit; o sara, le plat que l’on déguste; o hashi, les baguettes qui permettent de saisir la nourriture, etc. Bref, tout cela pour dire que manger pour un japonais n’est pas un acte trivial mais éminemment culturel, voire un tantinet sacré. Bon, tous ceux qui ont visité ce pays et contemplé, effarés, à  la devanture des restaurants, les alignements de plats en plastoc’ peint de couleurs criardes, me diront que ce culte à la nourriture ne recule pas devant le kitch. Ce à quoi je leur répondrai (c’est super de polémiquer avec un hypothétique contradicteur à  qui on peut clouer le bec sans qu’il puisse réagir…) que le gothique flamboyant espagnol tardif, c’est pas mal non plus. En plus, les plats en plastique, c’est quand même drôlement pratique pour commander à manger quand votre connaissance du japonais se limite à quelques notions tout justes bonnes à vous faire mousser dans une chronique qui est train de partir je ne sais où (l’abus de thé vert…). Alors, parlons bouffe…

De ces plats en plastique ou d’une quelconque gargote même mal famée, nulle trace hier midi lorsque je peinais sur mon splendide coursier (en fait un superbe vélo préparé par l’ami Pierre de cyclocampeur.ch à Vevey). Je m’apprêtais donc à mourir d’inanition au bord de la route avec pour dernière pensée la sublime Tatin aux endives de Hungry Pipelette (qui m’héberge à condition que je fasse un peu de pub pour ses recettes… ), (Quel menteur!!! ) lorsqu’une enseigne pouvant aussi bien désigner une station d’épuration, une bibliothèque publique ou un coiffeur pour dames apparu à mes yeux. Essuyant les flots de sueur qui s’écoulaient de mon front et brouillaient ma vue, je découvrais, émerveillé et l’estomac grondant déjà d’impatience, une épicerie de village et une accorte patronne qui faillit s’évanouir lorsque je parus sur son seuil. J’improvisais donc un « Pikunikku » (ai-je besoin de traduire?) délestant l’autochtone permanentée d’un sachet de cacahouètes en guise d’apéro, d’un séduisant bentō (plat unique à l’emporter présenté dans une boîte en plastique) et d’un 1/2 litre de thé vert glacé en bouteille. Tout cela pour, en gros, le 1/4 de ce que ça m’aurait coûté chez Uchitomi à Lausanne. La dessus, ma volubile quinqua ma tenu un long discours au moment où ou je payais qui pouvait vouloir dire: « Vous êtes sûr de vouloir manger cela parce que les crevettes ont plus d’une semaine et je les gardais pour mon chat » ou bien « J’espère que vous avez un micro-onde sur votre vélo parce que froid c’est pas terrible » à moins que ce ne soit « Prenez moi sauvagement sur le comptoir et épousez moi derechef et je vous servirai des bentos comme une esclave jusqu’à la fin de mes jours ».

IMG_0020

Je renonçais finalement à traduire la commère pour me trouver un joli rocher au bord de la mer afin de faire honneur à sa cuisine. Et je ne fus pas déçu! Il y avait dans cette barquette (voir photo) de quoi largement sustenter un cycliste affamé: une platée de riz, une crevette en tempura, un nugget de poulet, une racine de lotus, des légumes au vinaigre, des haricots blancs en saumure, une tranche de surimi, une pomme de terre braisée, une rondelle de carotte vapeur, une boule blanche non identifiée et d’autres trucs encore moins identifiables. « Oishi », délicieux comme on dit là-bas.

Oui, je sais, c’est dur de lire cela en grignotant un sandwich CFF tout en regardant la pluie s’écouler sur les vitres du train vous menant au turbin quotidien. Mais, ici, le soleil brille, et ma gargote favorite m’attends pour un petit déjeuner roboratif qui précédera une journée de rêve à serpenter au bord de l’océan, direction plein sud.

Alors, « Gambate », bon courage.

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